Mali: se dirige-t-on vers un retrait mouvementé des casques bleus ?
- Infos du Sahel
- 6 juil. 2023
- 3 min de lecture
La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali a jusqu'au 31 décembre 2023 pour quitter le pays.
Réclamé mi-juin par Bamako et confirmé deux semaines plus tard par le Conseil de sécurité des Nations-Unies, le retrait de la Minusma risque d’être mouvementé. Déjà, les contingents des pays contributeurs commencent à se faire entendre après des « difficultés » rencontrées dans l’exécution de leurs tâches depuis l’annonce de leur départ de ce pays sahélien qui fait face à une insurrection jihadiste depuis une décennie.
Dans une vidéo de plus de 5 minutes dont des extraits se sont retrouvés sur les réseaux sociaux, un officier de la mission onusienne du contingent sénégalais basé à Sévaré (Centre) dénonce, visiblement devant ses hommes, le comportement des « Maliens ». Selon le casque bleu sénégalais, ils font face à toutes sortes d’intimidations et ne parviennent plus à mener tranquillement des missions de routine.
« Ils éconduisent les missions. Dernièrement, ils ont demandé à ce qu’une patrouille en direction de Douentza rebrousse chemin », dénonce-t-il vigoureusement avant d’exhorter ses hommes à plus de fermeté. « Tout le monde sait que le sénégalais peut être noir et laid, mais ne se laisse pas faire », harangue-t-il ses troupes. Pour lui, leurs hôtes ne sont ni mieux entraînés ni plus belliqueux. « Nous n’avons pas demandé à venir ici. C’est l’Onu qui nous a amenés dans ce pays. S’ils veulent qu’on parte, on le fera mais pas en se faisant marcher dessus », rappelle l’officier sénégalais.
Ce discours peu diplomatique n’a pas été du tout apprécié par la Minusma qui s’est immédiatement fendu d’un tweet pour s’en éloigner. « La Minusma regrette les propos tenus par un officier basé à Sévaré et se dissocie de sa déclaration qui ne reflète en rien la position de la Minusma », a réagi la mission onusienne.
Plusieurs observateurs s’attendent déjà à une réaction des autorités maliennes. Certains d’entre eux ne seraient pas surpris que l’officier sénégalais soit déclaré indésirable dans le pays après cette sortie qui ne plait pas du tout à la twittosphère malienne. Alors porte-parole de la Minusma, Olivier Salgado a été déclaré non grata et sommé de quitter le pays lorsqu'il a fait une série de tweets pour confirmer que les 49 soldats ivoiriens arrêtés étaient au Mali dans le cadre d'une mission d'appui onusien alors que pour Bamako, ces derniers sont mercenaires qui avaient pour objectif de déstabiliser la transition en cours.
Pour beaucoup d’experts, les propos tenus par l’officier sénégalais, quoique à mille lieues des codes de la Minusma, traduisent le ressenti de nombre de casques bleus qui depuis quelque temps, se sentent de plus en plus à l’étroit au Mali en raison des restrictions imposées par les autorités de la transition.
De son côté, le contingent sénégalais dont le gros des troupes est basé à Sevaré, dans le centre, ne semble pas digérer l’épisode du retard accusé par la relève suite aux sanctions de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) contre le Mali après que les militaires au pouvoir de fixer une durée de transition de cinq ans. Il a fallu la levée des sanctions en juillet 2022 pour que le contingent sénégalais soit relevé après la reprise des rotations des avions de la Minusma.
A cela, se seraient greffés d’autres « coups bas » de la partie malienne qui, convaincu que les casques bleus ne sont plus d’un grand apport, ont simplement demandé leur départ « sans délai ». Un retrait qui se fera en 6 mois selon la résolution votée le 30 juin par le Conseil de sécurité. Mais pour l’officier sénégalais, un retrait normal doit prendre dix-huit mois. Un autre motif de frustration ?
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